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Shahrbanoo Sadat : à 26 ans, cette Afghane a été sélectionnée à Cannes !

Wolf and Sheep, l’oeuvre authentique de Shahrbanoo Sadat qui fait revivre son pays sort le 30 novembre au ciné

Publié le 21 sept. 2016 Ecrit par Valérie Coat
Shahrbanoo Sadat : à 26 ans, cette Afghane a été sélectionnée à Cannes !

Avec son look d'étudiante, Shahrbanoo Sadat, est la plus jeune réalisatrice afghane à avoir été sélectionnée cette année à la Quinzaine des réalisateurs (Cannes). Son oeil acerbe reconstruit avec bienveillance la vie d'un village d'agriculteurs et d'éleveurs afghans. Ce village, situé au nord de la frontière afghane, au Tadjikistan plus précisément, se rapproche au plus près de celui de sa jeunesse, et nous transporte dans un paysage de montagnes aride et brut. Sortie le 30 novembre 2016.

Si vous êtes curieux d'entrevoir l'univers de la jeune réalisatrice afghane, Shahrbanoo Sadat, rendez-vous dans les salles le 30 novembre pour découvrir Wolf and sheep, son premier long métrage sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en mai 2016. Elle n'en est pas à son premier coup d'essai puisqu'en 2011 (alors qu'elle n'à que 20 ans, elle devient la plus jeune cinéaste du Festival de Cannes !), elle se fait connaître grâce à son court métrage Vice-versa one.

Qu'est-ce que ça raconte ?

L'histoire de Wolf and sheep se déroule dans un village rural perdu dans les montagnes d' Afghanistan. Des enfants bergers assurent la conduite et la surveillance du bétail (moutons, chèvres, brebis...). D'un côté, les garçons s’entraînent à repousser les loups au lance-pierre tandis que de l'autre, les filles fument en cachette et jouent à la mariée. Sediqa "la maudite", 11 ans - personnage principal du film qui ressemble beaucoup à la réalisatrice enfant - reste seule dans ce paysage désolé. En effet, les autres filles du village passent leur temps à dire du mal d'elle. C'est pourquoi elle lle finit par sympathiser avec Qodrat, un garçon de son âge, qui devient lui aussi sujet de médisances lorsque sa mère se marie avec un vieil homme qui a deux épouses. Les feux de l'amour en Afghanistan, en somme.

Expérience afghane en live...

Silencieuse, la salle de projection est plongée dans le noir. Des bêlements retentissent au loin comme un écho, pendant que la caméra balaye les montagnes arides et s'arrête sur le corps inerte d'un villageois. L'isolement est total ; le groupe d'hommes et de femmes, à l'écran, ignore presque tout du monde qui l'entoure au-delà de ces contrées. Le souffle coupé, on reste médusés devant cette mort - qui est livrée sans fioritures dès les premières minutes de la bobine - le paysage montagneux et sec accentue ce malaise. Abrutes, ces montagnes ressemblent à un tombeau ouvert où on ne peut se soustraire. Pourquoi est-il mort ? Un accident ? Un meurtre ? Le mystère reste entier.


La caméra de Shahrbanoo Sadat filme sans concession la vie de ce village, et nous embarque, à hauteur d'enfant, dans un quotidien ritualisé. Leurs journées - qui semblent respecter la règle implicite selon laquelle les filles sont d'un côté et les garçons de l'autre - sont rythmées par les tâches du jour : conduire les animaux au pâturage, traire les chèvres pour récolter le lait, redescendre les troupeaux de la montagne... jouer à la fronde pour repousser le loup, ennemi juré du village.


Le rythme est lent... Les plans serrés sur les visages des enfants se succèdent... On est saisi par leur langage cru, voire ordurier. Oreilles chastes s'abstenir ! Mais également par ces petits acteurs afghans que la réalisatrice amène à se livrer spontanément devant la caméra. La jeune cinéaste nous révèle donc peu à peu la beauté délicate des paysages derrière la rudesse des montagnes qui les entourent. Au fur et à mesure, le naturel et la sincérité des personnages se dégagent. On finit par s'attacher à ces deux enfants injustement moqués et exclus par les autres. Les pauvres.

Le destin d'une cinéaste !

La vie de Shahrbanoo Sadat n'a pas toujours été rose... Elle quitte son école en Iran - pays bénéficiant d'un certain confort moderne - et ses camarades alors qu'elle n'a que 11 ans pour suivre sa famille dans un petit village de la province de Bâmiyân au coeur de l’Afghanistan. Shahrbanoo doit s'acclimater à son nouvel environnement : une maison spartiate, sans eau, ni électricité et sans nouvelles technologies. 

Je me sentais perdue et totalement coupée des autres. J’avais une culture différente et je ne pouvais pas vraiment communiquer (…) je parlais avec l’accent persan. Je ne pouvais pas porter mes lunettes parce que seuls les aveugles en portaient, et j’avais peur d’être encore plus marginale...  Shahrbanoo Sadat

Déracinée ou tout comme, ce fût un véritable bouleversement. On comprend les difficultés rencontrées par Shahrbanoo pour s'adapter à ce nouveau village - au travers de la jeune actrice Sediqa Rasuli qui exprime avec justesse ce sentiment de solitude extrême. Quelle horreur ! Pendant trois ans, elle demeure seule dans les montagnes avant d’être admise dans un lycée pour garçons, à trois heures de marche.


« C’est là, déclare-t-elle, que j’ai commencé à observer le monde autour de moi ». Sept ans durant. A 18 ans, elle part à Kaboul pour y étudier le cinéma et le théâtre puis commence à réaliser des films. Elle découvre alors tous les films auxquels elle n’avait pas accès auparavant et tombe amoureuse de la réalisation en assistant à l’atelier Varan de Kaboul. Sa vocation était née !

Film ou documentaire ?

Marquée par les croyances au surnaturel et les légendes de son enfance, Shahrbanoo Sadat s'en inspire. On peut voir, ici et là, une fée verte, nue et "visible à ceux qui savent", descendre de la montage et errer dans les rues du village endormi. Ne vous laissez pas tromper par cette pincée de fantastique ! Ce long métrage est bien ancré dans la réalité comme un documentaire. Pour autant, la réalisatrice puise dans sa propre mémoire pour écrire cette fiction. Bons ou mauvais souvenirs... peu importe.


Ayant à coeur d'être proche de la réalité, Shahrbanoo Sadat fait reconstruire son village en son entier - même si les maisons ne sont pas à l'identique - et choisit ses acteurs parmi des villageois afghans de souche. Cette entorse à la "réalité" qui s'explique par le climat politique très instable dans son pays et aux nombreux attentats provoqués par les talibans (précisons qu'elle a perdu en 2014 l’ouïe d’une oreille lors d'une explosion en Afghanistan).


Shahrbanoo Sadat désire rétablir la vérité, sa vérité, en tordant le cou aux « clichés cinématographiques » sur l'Afghanistan. « Ma volonté de faire le portrait d’un Afghanistan complexe me distingue de mes compatriotes cinéastes, mais cela ne me gêne plus. Je veux débarrasser mon pays des clichés et montrer à quel point sa culture est riche au moyen d’images encore inédites » explique-t-elle. Cette talentueuse cinéaste marquera, à n'en pas douter, le cinéma afghan - qui aujourd'hui n'est que l'ombre de lui-même, les salles de ciné ayant été détruites ou transformées en parking - et renouvellera le genre des oeuvres de divertissement.


La lumière se rallume dans la salle de projection, on cligne des yeux, on reprend nos esprits quelques instants tout en songeant aux sublimes clichés du photographe français, Kares Leroy, après cette immersion en Asie Centrale. Allez-y ! Ensuite, vous nous direz si vous avez aimé ?

Source image : Virginie Surdej

Article rédigé par :

Valérie Coat

Passionnée de culture médiatique et amoureuse des jolis mots, je partage dans la bonne humeur mes envies, mes sourires emplis d'ondes positives ...

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