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Elle a reçu le Prix Picto de la Jeune Photographie de Mode

Lauréate 2015, Laura Bonnefous est une fille à surveiller. Entretien !

Publié le 25 avr. 2016 Ecrit par Pauline
Elle a reçu le Prix Picto de la Jeune Photographie de Mode

Le Prix Picto est devenu le rendez-vous de référence pour beaucoup de professionnels venus découvrir de nouveaux talents. Presque six mois après la remise des prix, la lauréate parisienne de 28 ans, Laura Bonnefous, revient sur son parcours, sa vision artistique et nous livre ses projets à venir entre commandes et séries personnelles.

Crée en 1998 par le laboratoire de tirages Picto, le Prix de la Jeune Photographie de Mode récompense tous les ans le travail d’un jeune espoir de la photographie de mode. Le jury, composé de personnalités du monde de l’art, de la mode et du luxe a révélé en 15 ans de nombreux jeunes artistes. Les heureux lauréats gagnent non seulement un prix, mais aussi un éclairage et une publicité indispensable au commencement d’une carrière dans le milieu très prisé de la photographie de mode.

► La 18e remise du Prix Picto qui a enregistré plus d’une centaine de candidats a récompensé le travail de Laura Bonnefous, Out of Line, parmi les 27 portfolios présélectionnés. Cette année, un nouveau prix a fait son apparition : le Prix Spécial des Directeurs de Création, que Laura a également remporté en plus du prestigieux Prix Picto.

Fraîchement récompensée, elle nous parle des prix, de la photographie, de la mode et de sa vision artistique.

Qui est Laura Bonnefous ?

                                

Après un Bac Scientifique suivi d’une classe préparatoire artistique à Toulouse, Laura intègre à 18 ans la prestigieuse école des Beaux-Arts de Paris. Elle y reste cinq ans dont une année passée à Los Angeles avant de rejoindre l’Ecole des Gobelins en photo et prise de vue. Des arts plastiques aux Beaux-Arts à la photographie aux Gobelins, Laura se distingue par son parcours unique mais aussi son style hybride et fascinant en équilibre entre art et mode. 

Rencontre...

Quelle a été ton évolution artistique ?

Lors des mes débuts aux Beaux-Arts, je travaillais vraiment dans l’espace. Je faisais plutôt de l’installation et de la sculpture, puis c’est seulement plus tard que j’ai eu envie de me tourner vers la photographie. J’ai donc basculé de l’installation à la photo, ce qui explique la présence de ce travail de sculpture aujourd’hui dans mes images. Elles sont donc très tournées vers l’espace et sont finalement presque des installations que je photographie ensuite.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de basculer vers la photographie ?

C’était un peu particulier. Quand je travaillais le volume et l’installation au début de mon parcours créatif, j’étais très intéressée par les formes : toutes ces formes que l’on trouve dans notre quotidien, ces morceaux de construction et ces choses qu’on a du mal à déterminer. J’ai donc fait toute une recherche là-dessus et je créais des installations à partir de formes que je photographiais lors de mes voyages ou dans la nature pour les réinterpréter ensuite. La photo servait en fait de document à mes sculptures. Et puis petit à petit, je me suis rendue compte que les images que je faisais étaient parfois presqu’aussi intéressantes que ce que j’allais faire en installation par la suite, ce qui m’a poussée vers la photo. Je pense que mon année d’étude à Los Angeles y a été pour beaucoup car j’y ai rencontré beaucoup d’artistes photographes très intéressants. De documents pour mes installations, mes photos sont alors devenues de vraies photographies à part entière qui pouvaient exister par elles-mêmes aussi.
                  

Une idée de ce que tu aurais fait si cela n’avait pas été la photographie ?

L’installation, je ne l’ai jamais vraiment quittée. Ma prochaine série personnelle sera d’ailleurs un gros travail d’installation que je vais retraduire par la photo. La forme finale est une photo mais j’ai le sentiment d’être toujours un peu dans l’installation. Je me considère presque autant sculpteur que photographe car chaque prise de vue est réfléchie et construite au préalable. J’arrive sur le set avec mon petit carnet, mes croquis et schémas qui ont aussi été envoyés mon équipe, car il s’agit d’être dans des constructions qui durent juste le temps de la photo et que je n’expose pas. La démarche est vraiment plasticienne à l’origine et la photographie est un médium.


Je n’ai jamais vraiment quitté l’installation

Avec le recul, dirais-tu que ça a été facile ou difficile pour toi d’en arriver là ?

Un peu les deux. C’est certain que cela demande énormément de travail. Je suis la seule de ma famille qui ait fait des études artistiques, je n’avais aucun lien avec tout ça et j’ai dû me construire un réseau artistique toute seule. Avant de gagner ces 2 prix l’année dernière, les gens n’imaginent pas forcément le nombre de dossiers que j’ai pu envoyer ces 6 ou 7 dernières années depuis les Beaux-Arts. Il faut envoyer des dossiers jusqu’au jour où ça marche, et c’est super. C’est en somme un peu difficile quand même, mais en même temps c’est une passion donc je ne compte absolument pas mes heures et ça se fait plutôt dans la facilité.

Le Prix Picto est-il reconnu chez les étudiants en photographie ?

Oui, le Prix Picto est surtout connu dans le milieu de la photographie plus que celui de la mode. Il y a de très bons photographes qui ont gagné le prix, des anciens étudiants des Gobelins aussi.

Je ne pensais pas gagner ce prix, surtout avec cette série

Tu as donc reçu 2 prix : le Prix Picto et le nouveau Prix des Directeur de la Création. Peux-tu nous en dire en peu plus sur cette nouveauté ?

L’idée de ce nouveau prix c’était un vote anonyme de la part de plusieurs directeurs de création de diverses agences de pub. Picto leur a envoyé une sélection d’images de chaque photographe finaliste (27 cette année) pour qu’ils élisent leur artiste préféré. C’est très intéressant car c’est un vote fait par des créatifs, des gens vraiment dans l’image et avec qui je suis susceptible de travailler plus tard dans un axe un peu plus commercial. Pour moi, ce prix était aussi important que le premier prix Picto. Le regard de ces personnes-là m’importait beaucoup et j’avais très envie de gagner celui-là. J’ai finalement eu les deux, c’est merveilleux !

Etait-ce une surprise ? 

Je ne pensais vraiment pas gagner le Prix Picto car je ne pensais pas que cette série Out of Line pouvait gagner un prix qui est quand même très lié à la mode. C’est une série personnelle avec des vêtements de seconde main et des modèles atypiques, je me disais que c’était quand même assez osé de présenter ça à un prix de mode. J’ai mis un an à la construire et la réaliser avec mon équipe et des gens qui ont bien voulu participer à ce projet. Je n’aurais donc jamais imaginé qu’un an après elle allait se retrouver dans des abribus à Paris. C’est un bonheur car je l’ai faite avec des petits moyens et toute l’énergie possible, c’est une belle récompense et une très belle surprise.

Est-ce que ce prix a changé ta vie professionnelle ?

Le prix m’a surtout donné une très grosse visibilité. Grâce à la campagne d’affichage Decaux, les gens ont vu mes images partout dans Paris. J’ai ensuite profité de cette visibilité pour beaucoup démarcher, je suis allée voir des magazines car le fait que les gens aient vu mes images et aient entendu parler du prix aide forcément. Ce ne sont donc pas toujours des conséquences directes mais si on sait bien s’en servir, ça peut aider.

Je prends les vêtements comme des matières premières

Qu’est-ce qui te plaît dans la photo de mode ?

Ce qui me plaît dans la photo de mode c’est encore une fois ce lien que je peux faire à la sculpture. Chez certains créateurs, par exemple la haute couture de Comme des Garçons ou le dernier défilé Fendi, je vois presque des sculptures. Pour moi c’est donc comme un terrain de jeu et je me dis que si j’utilise ça, je vais m’éclater. Je prends les vêtements comme des matières premières pour faire des mises en scène, pour jouer avec et les transformer. C’est un matériau très intéressant car le milieu de la mode est ultra créatif et se renouvelle tout le temps. Par exemple au lieu de faire du moulage avec du plâtre, moi je vais utiliser la dernière collection de tel ou tel créateur. C’est de cette manière là que j’aime travailler. Dans la mode c’est super car il y a pleins de choses nouvelles tout le temps.
                      

On qualifie souvent ta photographie de plasticienne. Ce terme te convient-il ?

Oui, cette définition est très juste. Plasticienne dans le sens où ce n’est pas juste une photo, c’est une recherche plastique. Je fais plus de la photo plasticienne que de la photo de mode. On peut me mettre dans la catégorie photo de mode ou artistique mais la recherche est vraiment plasticienne à la base, même si ça peut un jour répondre à la commande d’une marque ou d’un créateur.

Je cherche à montrer la relation de l’homme aux choses qui l’entourent

Est-ce que tu cherches à montrer ou à dire quelque chose à travers tes photos ?

Le message n’est pas universel, mais l’idée de tout ce que je fais dans mes images c’est un travail autour de la relation de l’homme et des choses qui l’entourent, que ce soit des objets ou des vêtements. Je ne veux pas mettre de grandes théories mais à chaque fois ce sont des petits clins d’œil, qui au final parlent de nous au quotidien, de notre rapport aux objets, aux choses, aux matières et aux formes. L’utilisation de toutes ces choses qui nous entourent tous les jours et se demander comment on peut les transformer et rejouer avec pour les voir de manière un peu différente, c’est ce que je veux véhiculer dans mon travail, d’où l’importance de me confronter à des objets et d’utiliser des assiettes comme des chapeaux par exemple.



Je pense que c’est vraiment possible de lier la notion artistique et celle de mode

As- tu parfois l’impression de devoir faire des choix entre l’art et la mode ?

Pour l’instant j’arrive vraiment à faire le lien entre les deux et la question ne s’est pas trop posée. J’ai mes séries personnelles, mais je vais aussi avoir des commandes. Dans ces moments là, je devrai peut-être basculer plus d’un côté que de l’autre, mais l’idée c’est que j’ai mon univers et j’aimerais qu’on me prenne avec lui. Dans une certaine mesure j’adapterai aussi bien sûr mon style d’images si j’ai des commandes. Pour l’instant, à chaque fois que j’ai travaillé avec des créateurs de mode, c’était de vraies collaborations où je mettais leurs vêtements en avant car c’est le sujet de l’image, mais en même temps je restais dans mon univers et je m’amusais avec ça. Je pense que c’est vraiment possible de lier et de concilier l’artistique avec la mode. Je suis en tout cas entre les deux, et j’affirme cette position. C’est aussi une certaine manière de se dire que demain on pourrait voir une campagne pour une grosse marque comme ça. Je ne dis pas que je vais révolutionner la mode, je n’ai pas cette ambition là non plus, mais j’aime me dire qu’on peut peut-être changer les codes sur certaines choses pour essayer d’aller un petit peu plus loin dans la photographie de mode et de la pousser un peu.


As-tu des sources d’inspiration ou des références ?

J’en ai beaucoup. Autant d’artistes qui font de l’installation et de la sculpture que des photographes ou des auteurs. Je lis beaucoup car la littérature est tout aussi importante comme Perec, Roland Barthes ou Baudrillard qui sont ceux qui me tiennent très à cœur. Tous ces auteurs ont travaillé sur l’objet et je les relis régulièrement car c’est un peu le fondement de ce que je raconte dans mes images. Dans l’installation, je suis particulièrement admirative du travail de Tatiana Trouvé depuis ma première année aux Beaux-Arts.

Le temps de recherche est pour moi presque aussi important que la prise de vue

Procèdes-tu de la même manière pour chaque projet ?

Peut-être pas exactement de la même manière mais ça se ressemble pas mal. Il y a un temps de recherche assez long. J’aime poser les choses, écrire et faire des croquis car le temps de recherche est pour moi presque aussi important que la prise de vue. Il y a un vrai travail. Si c’est du personnage, il y a le casting, les vêtements, les objets, et je passe d’ailleurs énormément de temps dans les magasins de bricolage pour chercher des petits objets. Une fois que j’ai bien mon idée, j’ai toute mon équipe qui m’aide à organiser et à réaliser la photo. Ce sont toujours les mêmes personnes, des gens très importants pour moi qui m’apportent beaucoup chacun dans leurs domaines et qui vont amener un peu de leur création dans mon image : la maquilleuse, la coiffeuse, le styliste, ils font tous aussi partie de l’image.

Quel est ton projet ou ta série perso favorite ?

On en parlait précédemment, je pense que cette série Out of Line a été très forte grâce à toutes les personnes qu’on a rencontrées et tout le temps qu’on a passé ensemble. C’est celle qui m’a pris le plus de temps et maintenant que je vois les photos, je repense à tous ces moments avec ces personnalités très fortes qui y ont travaillé.

                  

Le plus important, c’est de savoir pourquoi on fait ces images

Quel conseil donnerais-tu à un(e) jeune photographe qui débute ?

C’est difficile car j’ai l’impression que je suis moi-même encore une jeune photographe avec plein de choses à prouver, car ce n’est pas parce qu’on gagne un ou deux prix que tout est joué ! Tout simplement, je pense qu’il faut du temps, du travail et de la patience. Il faut de la passion, de la persévérance et ne pas avoir peur d’essuyer des refus. Et peut-être que le plus important dans tout ça, c’est de savoir pourquoi on fait ces images et de se forger sa propre personnalité artistique. Il y a tellement de photographes maintenant que je pense que là où on peut faire la différence c’est en faisant des images qui nous appartiennent pour trouver son écriture et sa personnalité.

Quels sont tes projets à venir ?

Je viens d’apprendre que je vais exposer dans les locaux de France Média Monde, et je prépare deux autres expositions pour cet été : le premier weekend de juillet je serai invitée d’honneur à La Quinzaine de l’Image à Madiran où je présenterai Out of Line justement. Ensuite, j’exposerai en Août au Festival d’Art Lyrique de Saint-Céré où je présenterai ma série Syncopate en lien avec la musique.
Je prépare également une très grosse série personnelle qui va être très longue et compliquée. Pour le moment je passe des journées entières à monter un dossier pour pouvoir éventuellement trouver des financements. C’est quelque chose que j’ai envie de faire depuis des années.

Le questionnaire !

► Le meilleur conseil qu’on t’ait donné
De rester moi-même
► Un ou plusieurs rituels du quotidien
Boire mon café, choper les quelques rayons du soleil matinaux, me répéter à quel point j’ai de la chance de pouvoir m’exprimer chaque jour dans la création et me demander comment aujourd’hui encore je vais pouvoir pousser plus loin mes recherches plastiques.
► Un règle d’or, une devise
Rester moi-même, encore une fois.
► La chanson que tu écoutes en boucle en ce moment
Sky and Sand de Paul Kalkbrenner
► Ton film préféré
Biutiful d’Iñárritu
► Tes endroits favoris à Paris
Le Palais de Tokyo, les secteurs de Belleville et le 18e.
► Ton QG à Paris
La Péniche Antipode dans le 19e, j’y suis tout le temps. J’y serai en train de boire une bière et de manger du guacamole.
► A quoi ressemble une journée type?
Il me faut beaucoup de soleil, c’est une première chose. Un matin à regarder mes mails, faire le tri, faire des comptes rendus, chercher des inspirations ou préparer des prises de vues. J’aime beaucoup mes journées de recherche, elles sont très reposantes pour moi. Et puis terminer la journée par un verre avec des amis.
► Pour toi 2016 sera l'année de...
(peut-être) l’année du mouvement ? L’année debout ?

Un aperçu des lauréats précédents 2010-2014

Prix 2014 : Charlotte Abramow


Prix 2013 : Tingting Wang



Prix 2012 : Oliver Fritze



Prix 2011 : Diane Sagnier 



Prix 2010 : Isabelle Chapuis


                                            

Pour plus d'infos sur le Prix Picto et les inscriptions 2016, c'est par Pour retrouver le travail et l'actu de Laura Bonnefous, c'est par ici

Source image : laurabonnefous.com ; picto.fr ; charlotteabramow.com ; tingting.fr ; oliverfritze.com ; daniesagnier.com ; isabellechapuis.com

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